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Grande Guerre : il y a 100 ans, la paix est signée à Versailles

Le 28 juin 2019 marquait le centenaire de la signature du traité de paix de Versailles. Signé entre les Alliés et l’Allemagne, il met fin de manière formelle à la Première guerre mondiale.

En ce mois de juin 1919, le Nord et le Pas-de-Calais sont dévastés. Les deux départements ont été coupés en deux tout au long de la guerre, séparés par la ligne de front, 70 % du Nord et 25 % du Pas-de-Calais sont occupés par l’armée allemande. L’ouest de la ligne de front devient une zone stratégique pour les armées alliées, comme la ville d’Arras.

Située en zone libre, à quelques kilomètres du front, Arras est cernée sur trois côtés par les armées allemandes de 1914 à 1918. La ville devient une base arrière aux forces alliés. Cette situation la transforme en champ de ruines, elle est la cible de l’artillerie allemande dès octobre 1914. Les écoles normales d’instituteurs et d’institutrices du Pas-de-Calais ne sont pas épargnées, dès 1914, la situation générale ne permet plus aux élèves d’étudier à Arras.

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Les locaux de l’ex-ENG d’Arras aujourd’hui, le bâtiment a peu changé depuis la fin du XIXème siècle (Photographie du service archives de la COMUE LNF)

Les écoles normales au déclenchement de la guerre.

Pour l’ENF d’Arras, la Contemporaine, ancienne Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC) possède le témoignage de la directrice de l’ENF de l’époque, Mademoiselle Marie, elle raconte les premiers mois de la guerre pour son établissement.

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L’ENF d’Arras en 1913 (3142 W 44, fonds versé par le service archives de la COMUE LNF aux Archives du Pas-de-Calais)

Dès le début de la guerre, l’école normale est réquisitionnée. Elle devient un lieu de rassemblement pour plusieurs centaines d’hommes mobilisés du département du Pas-de-Calais, puis un hôpital. Quelques semaines plus tard, le 1er septembre, les premiers allemands apparaissent aux alentours de l’école, 1500 soldats occupent la ville. De fin août au 10 septembre, Arras vit dans un isolement à peu près complet, privée de communication avec le reste du pays. Peu à peu, après la bataille de la Marne, les relations avec le reste du pays se rétablissent. La directrice pense alors à organiser la rentrée des élèves au 1er octobre.

Mais le bruit du canon qui se rapproche fait comprendre à la directrice que la guerre est aux portes de la ville. Le 5 octobre, Arras est encerclée sur trois côtés par l’ennemi, le bombardement de la ville commence, l’école est touchée le 9 octobre. Le 25 octobre, la directrice reçoit l’ordre du préfet lui indiquant qu’elle est déliée de toutes ses obligations professionnelles et l’engage vivement à partir. Début novembre, réfugiée dans les cryptes du couvent des Ursulines, elle apprend l’incendie de l’aile droite de l’ENF suite au bombardement d’un aéroplane allemand. Arrivée sur les lieux, elle ne peut que constater l’étendue des dégâts et découvre des locaux totalement pillés. Par la suite, les ruines et les sous-sols de l’école deviennent un refuge et un centre de résistance des soldats alliés.

Quant à l’ENG d’Arras, bien que située à proximité de batteries françaises, elle est plus épargnée par les combats. Au cours de la guerre, les locaux sont occupés par les services sanitaires de l’armée, elle devient un hôpital. Il n’est plus possible d’étudier dans les locaux, le directeur de l’ENG, Monsieur Ancel, part de son établissement fin octobre 1914.

Les deux établissements disparaissent mais les deux institutions demeurent. En lisant le témoignage de la directrice de l’ENF, on ressent la volonté de maintenir une formation des instituteurs et institutrices malgré la guerre : « Le canon de l’ennemi a pu anéantir des murs, il n’a point anéanti notre volonté de vivre, ni l’espoir qui fleurit en nos cœurs de voir bientôt renaître de ses ruines notre chère école normale d’Arras. »

L’installation des élèves à Berck-sur-Mer

Effectivement, en février 1915, l’inspection académique cherche des locaux loin du front pour installer provisoirement les élèves institutrices et élèves instituteurs. Des locaux sont trouvés à Berck-sur-Mer. Le 1er mars 1915, Les élèves institutrices s’installent dans un local nommé « La Famille », situé rue de l’hôpital et les élèves instituteurs au rez-de-chaussée de trois magasins contigus situés avenue de la gare.

Le fonctionnement des écoles se révèle vite difficile. Les locaux sont exigus pour accueillir convenablement les élèves et peu adaptés à l’étude. Par exemple, à l’ENG, les magasins affectés aux élèves n’offrent que des petites salles très mal aérées. De même, les deux écoles manquent énormément de matériel et de mobilier pour étudier correctement les professeurs de l’ENF ne disposent pas de bibliothèque et de matériel scientifique pour leurs cours.

Malgré ces conditions difficiles, les études reprennent peu à peu au cours des années de guerre. A l’ENF, la guerre occupe les esprits des élèves mais elles travaillent sans relâchement, comme le note l’inspecteur d’académie en juin 1915 : « La discipline n’a aucunement souffert des imperfections de l’installation ».

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Cours de 2ème année à l’ENF d’Arras (vers 1913) (3142 W 44, fonds versé par le service archives de la COMUE LNF aux Archives du Pas-de-Calais)

Par contre, les études des normaliens ne se déroulent pas sereinement. La guerre est au centre de leurs préoccupations, beaucoup d’élèves sont mobilisés ou s’apprêtent à l’être.
Novembre 1918, après de longues années de guerre, l’armistice est enfin signé. Toutefois, les élèves ne pourront pas rentrés immédiatement à Arras. Des travaux sont nécessaires pour remettre en état les locaux d’Arras, en particulier ceux de l’ENF, qui, à l’image de la ville d’Arras, sont dévastés.

L’après-guerre

En effet, après de multiples bombardements, la ville d’Arras est en ruine. Ils ont détruit les deux places, le palais Saint-Vaast ou encore l’hôtel de ville, 5 % seulement des maisons sont indemnes. De longs travaux de restauration sont nécessaires dans toute la ville, ils durent de 1919 à 1934. A l’ENF, les travaux finissent en 1925.

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L’ex-ENF d’Arras aujourd’hui, la façade de l’école n’a pas été reconstruite à l’identique après la guerre (Photographies du service archives de la COMUE LNF)
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Pendant ce temps, les élèves institutrices restent dans les locaux de Berck-sur-Mer, les conditions de travail restent difficiles, le retour à Arras se fait de plus en plus pressant (dégradation des locaux, mauvais état du matériel…).

La situation de l’ENG est meilleure, les normaliens sont revenus dans les locaux d’Arras dès octobre 1919. Les études reprennent à peu près normalement mais l’école déplore la disparition de 22 élèves mobilisés au cours de leur formation . Sans oublier les élèves sortis en 1914 et envoyés au front quelques mois plus tard, parmi ces élèves, 15 sont morts pour la France. Le 21 mai 1925, un monument commémoratif est inauguré par le recteur Georges Lyon à l’ENG en l’honneur des 256 élèves-instituteurs et instituteurs du Pas-de-Calais disparus au cours du conflit .

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Monument aux morts de l’ex-ENG d’Arras (Photographie du service archives de la COMUE LNF)

Les écoles normales du Pas-de-Calais ont été durement touchées au cours du conflit mais aucun découragement n’est à noter, on remarque l’idée de maintenir la vie scolaire malgré les difficultés rencontrées au cours du conflit et des années d’après-guerre. Le 3 juillet 1930, lors de son départ de l’établissement, le courage et le dévouement de Mademoiselle Marie sont reconnus à l’occasion d’une grande cérémonie de sympathie. Une monographie est même éditée à cette occasion.

Pour approfondir

- Consulter la version longue de l’article

Bibliographie
CONDETTE, Jean-François (dir.), La Guerre des cartables 1914-1918 : élèves, étudiants et enseignants dans la Grande guerre en Nord-Pas-de-Calais, Villeneuve d’Ascq : Presses universitaires du Septentrion, 2018.

MESSELIER Sylvie, L’école normale des instituteurs d’Arras (1883-1965), mémoire de maîtrise d’Histoire, université Lille 3, 1998.

THOMAS Jean-Robert, L’École normale d’instituteurs du Pas-de-Calais, Arras : Amicale des anciens élèves de l’école normale d’instituteurs d’Arras, 1965.

Sitographie
Témoignage de la directrice de l’ENF d’Arras sur les premiers mois de la guerre

Monument aux morts de l’ENG d’Arras

Contexte général, Arras durant la Grande guerre

Archives consultées
Archives conservées par les Archives départementales du Pas-de-Calais.

Documents versés par le service archives de la COMUE LNF

3142 W 13 : registre du conseil d’administration de l’ENF d’Arras

3149 W 22 : registre du conseil d’administration de l’ENG d’Arras

Fonds Paul Decaux (architecte du département du Pas-de-Calais et des monuments historiques, un des maîtres d’œuvre de la reconstruction d’Arras à partir de 1919).

45 J 23

Série N (Finances et bâtiments départementaux)

N 1019 à 1040 : ENG d’Arras

Série T (enseignement, affaires culturelles et sport)

T 1638 : examen d’entrée à l’école normale

T 4305 : ENG d’Arras, bâtiments et matériel

Documents figurés

6 Fi C 674 – 676 et 6 Fi D 921 et 922 : Ecoles normales d’Arras, photographies anciennes.

Vous pouvez trouver un état récapitulatif des sources en cliquant ICI